Nous retrouvons Gérald Grauer, créateur de la chaîne YouTube Instinct Découvertes, pour une nouvelle exploration autour du lac du Bourget. Après nous avoir fait voyager dans le temps à l’échelle du lac et de ses anciennes extensions, il nous entraîne cette fois sur les pentes du Grand Colombier, au-dessus de Culoz, à la recherche des traces laissées par les glaciers.
Pas de reconstitution spectaculaire au programme, mais une enquête de terrain, presque improvisée, au plus près de la roche. Moraines discrètes, blocs erratiques, dalles polies et striées : autant d’indices parfois ténus qui racontent pourtant l’immense glacier du Würm, disparu il y a environ 12 000 ans. Ce paysage façonné par le temps trouve un écho fascinant dans l’histoire de le lac du Bourget, où les îles disparues révèlent elles aussi les secrets d’un passé lointain.
Une plongée passionnante dans la mémoire géologique de notre territoire, qui montre que les paysages du lac du Bourget portent encore, à qui sait les observer, l’empreinte silencieuse de la glace.
« Aujourd’hui, je pars hors des sentiers battus au contact direct de la montagne. Et c’est de l’improvisation. » Pour ce nouvel épisode vidéo d’Instinct Découvertes, l’exploration commence sans certitude de résultat.
Direction le massif du Grand Colombier, au-dessus de Culoz, à deux pas du lac du Bourget. Le col est bien connu des cyclistes, régulièrement emprunté par le Tour de France. Mais ici, l’objectif n’est pas de suivre les traces des coureurs. Il s’agit de remonter beaucoup plus loin dans le temps, à la dernière glaciation, le Würm, qui a pris fin il y a environ 12 000 ans.
À la recherche des indices discrets
« Vous pensez que je vais parler de cailloux. Eh bien non, ou plutôt pas seulement. » Instinct Découvertes traque les marques laissées par le glacier: moraines, blocs erratiques, surfaces polies et stries.
La progression est raide, parfois incertaine. « C’est super pentu, mais il me semble que je peux contourner par le flanc. » Une moraine apparaît : « Ça, c’est une moraine déposée par le glacier. J’en suis presque sûr. Excellent, c’est bon signe. »


Mais les indices du passage du glacier sont rares. « C’est rare, c’est discret, c’est exceptionnel. Donc souhaitez-moi bonne chance. » Quelques pierres présentent des bandes intrigantes. Certaines dalles semblent prometteuses pour des fossiles. Dans le pierrier plusieurs larges rochers sont bien arrondis et pourraient avoir été sculpté par le glacier…peut-être. Mais le doute persiste : érosion glaciaire ou autre type d’érosion ?
L’exploration côté Culoz reste mitigée. Pourtant, une preuve incontestable du passage du glacier se trouve à quelques centaines de mètres du centre-ville : un bloc erratique. Cette masse rocheuse de plusieurs tonnes, arrachée à une montagne lointaine, a été transportée « comme sur un tapis roulant » par la glace avant d’être déposée lors de la fonte. Témoignage spectaculaire de la puissance des glaciers alpins.
De la Chautagne à la révélation
Cap ensuite vers la plaine de Chautagne, en laissant derrière nous le Mollard de Vions, pour gagner les hauteurs de Chindrieux. C’est ici que la récompense attend.
« Jackpot ! Le glacier nous a laissé un superbe cadeau. » Sous une moraine, affleurent des rochers polis et striés. « Regardez comme c’est lisse. C’est lisse comme du marbre taillé. » Le glacier, en avançant, a abrasé la paroi grâce aux pierres et blocs emprisonnés dans la glace. Ces éléments ont rayé la roche, gravant des stries parallèles qui indiquent le sens d’écoulement. « Un même caillou peut tracer une strie sur plusieurs mètres, voire davantage. »


Inutile d’aller au Canada pour observer ce type de traces : elles sont là, au-dessus du lac du Bourget, rares, discrètes mais remarquables. « Me voilà récompensé tout près de chez moi. »
Une mémoire fragile
Ces stries constituent une véritable fenêtre sur la dernière glaciation. Mais elles sont vulnérables : « Lorsqu’elles restent longtemps exposées aux intempéries, elles finissent par disparaître. » Protégées un temps par les cailloux d’une moraine, elles réapparaissent parfois presque intactes, avant de s’effacer lentement, à l’échelle géologique.
Savoir qu’un glacier descendait alors presque jusqu’à Lyon change le regard porté sur ces paysages familiers. Le relief actuel, les vallées, les lacs sont les héritiers directs de cette dynamique glaciaire.



L’exploration se conclut sur une promesse : suivre un jour la trace du glacier dans la vallée du Rhône. En attendant, ces rochers polis au-dessus de Chindrieux rappellent que les grandes histoires géologiques se lisent aussi dans les détails — pour peu qu’on accepte de quitter les sentiers battus.
Attention aux chutes de pierres ! Port du casque fortement recommandé !
Qu’est-ce qu’une moraine ?


